Confiance en soi : et si l’on commençait par regarder les preuves ?

« Il faut que tu aies confiance en toi. »

Dans le sport, cette phrase est souvent prononcée. Par un entraîneur, un proche ou parfois par l’athlète lui-même.

Mais suffit-il de se dire que l’on doit avoir confiance pour que celle-ci apparaisse ?

Probablement pas.

La confiance ne fonctionne pas comme un interrupteur. Elle se construit, évolue et peut parfois se fragiliser. Et pour la développer, plutôt que d’essayer de se convaincre que l’on est capable, il peut être intéressant de commencer par regarder ce que l’on a déjà été capable de faire.

Confiance et performance : que dit la recherche ?

La confiance occupe une place importante en psychologie du sport.

Une méta-analyse publiée en 2022, regroupant 41 études et plus de 3 700 sportifs, montre une relation positive entre confiance et performance sportive.

Mais cette relation reste modérée.

C’est important à préciser : avoir confiance ne garantit pas la réussite.

Une autre méta-analyse consacrée à l’auto-efficacité avant compétition aboutit à une conclusion comparable. Les sportifs qui se sentent capables d’agir efficacement ont, en moyenne, de meilleures performances, mais cette relation n’est ni automatique ni systématique.

La confiance est donc une ressource parmi d’autres : préparation physique, technique, tactique, environnement, gestion émotionnelle ou capacité d’adaptation participent eux aussi à la performance.

Sur quoi peut alors s’appuyer la confiance ?

La notion de sentiment d’efficacité personnelle apporte ici un éclairage intéressant.

Elle correspond, de manière simplifiée, à la perception qu’une personne a de sa capacité à mobiliser les ressources nécessaires pour faire face à une situation.

Et cette perception se nourrit notamment de nos expériences.

Nos réussites passées, les difficultés que nous avons déjà surmontées ou les situations dans lesquelles nous avons su agir efficacement nous apportent des informations sur ce dont nous sommes capables.

Autrement dit :

ce que j’ai déjà vécu peut devenir une preuve de ce que je suis capable de mobiliser.

Une réussite n’est pas toujours un résultat

Lorsque l’on demande à un sportif de citer ses réussites, il pense souvent immédiatement à une victoire, un podium, un record ou une sélection.

Mais une réussite ne se résume pas toujours au résultat.

Un cycliste peut terminer loin du classement espéré tout en ayant réussi à rester engagé après avoir été décroché.

Une sportive peut ne pas obtenir le résultat souhaité, mais avoir osé prendre une décision qu’elle n’aurait jamais prise quelques mois auparavant.

Une autre peut être satisfaite d’avoir retrouvé son calme après une erreur.

Dans ces situations, le résultat ne raconte qu’une partie de l’histoire.

Ce qui devient intéressant, c’est d’observer :

Qu’ai-je fait ?
Comment ai-je réagi ?
Quelles ressources ai-je mobilisées ?
Qu’est-ce que cette situation m’apprend sur moi ?

On ne regarde alors plus uniquement la performance finale, mais également les comportements qui l’ont accompagnée.

Partir du concret

C’est notamment de cette manière que j’aime travailler la confiance en préparation mentale.

Plutôt que de commencer par demander :

« Quelles sont tes qualités ? »

il peut être plus intéressant de partir de situations réellement vécues.

Des moments dont l’athlète est fier ou satisfait. Des situations dans lesquelles il a su s’adapter, persévérer, décider, rester calme ou s’engager pleinement.

À partir de ces expériences peuvent émerger certaines qualités :

« J’ai persévéré. »

« J’ai su rester lucide. »

« J’ai osé décider. »

« Je me suis adapté. »

Ces mots prennent alors davantage de sens.

Ils ne sont plus simplement des affirmations positives.

Ils reposent sur une expérience vécue.

Du « j’aimerais être » au « j’ai déjà été capable de »

Se répéter :

« Je suis fort »

peut avoir peu d’impact si l’on n’y croit pas réellement.

À l’inverse, pouvoir se dire :

« Je sais que je suis capable de rester engagé dans la difficulté parce que je l’ai déjà fait »

s’appuie sur quelque chose de concret.

La confiance ne consiste donc pas forcément à fabriquer une nouvelle version de soi.

Elle peut aussi consister à mieux reconnaître les ressources qui se sont déjà exprimées.

Cela ne signifie évidemment pas ignorer les échecs ou les difficultés.

Il reste indispensable de pouvoir analyser une erreur ou reconnaître ce qui doit progresser.

Mais il est tout aussi important de ne pas laisser les expériences négatives devenir les seules informations utilisées pour se définir.

Une confiance plus réaliste

Une confiance solide n’est peut-être finalement pas celle qui affirme :

« Je vais réussir. »

Elle ressemble davantage à :

« Je ne sais pas exactement ce qui va se passer, mais je connais certaines des ressources dont je dispose pour y faire face. »

Avant une prochaine compétition, plutôt que de simplement vous demander :

« Est-ce que j’ai confiance en moi ? »

essayez peut-être une autre question :

« Quelles expériences me montrent ce dont je suis déjà capable ? »

Puis cherchez les faits.

Les décisions prises.
Les difficultés traversées.
Les comportements adoptés.
Les ressources mobilisées.

Parce que parfois, la confiance n’a pas besoin d’être inventée.

Elle a simplement besoin que l’on retrouve les preuves sur lesquelles elle peut s’appuyer.


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